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DOSSIER + | Ce sont des musiciens d'un genre à part. Ils passent certains jours plus de temps à effectuer d'improbables branchements électroniques qu'à jouer de leur instrument de musique. Discrets, ces artistes de l'ombre ont accepté d'ouvrir les portes de leurs laboratoires musicaux...
Retrouvez ici la suite de notre dossier sur les rois de la bidouille.
Situé en plein centre de Rennes, l'appartement de Morgan Daguenet abrite d'étranges instruments. Dans un coin de la pièce principale, à côté des guitares électriques et d'une mandoline, de petits objets de diverses formes attirent l'attention. Ces créations de Morgan Daguenet qui ressemblent un peu à des manettes de jeu sont en fait des instruments de musique.
Entre Jimmy Hendrix et Docteur Frankenstein, Morgan et François pratiquent ce que les initiés appellent le circuit bending, à la recherche de l'aléatoire électronique...
«J'avais envie d'approcher le son par le biais d'objets. Donc j'en ai construit pour faire de la musique», explique l'artiste rennais. «J'aime les notes, mais je m'intéresse plus aux bruits, aux matières sonores», poursuit ce quarantenaire dont les yeux pétillent à la vue d'une puce électronique ou d'un circuit imprimé.
«En fait, j'utilise un circuit sonore existant, celui d'un walkman par exemple. Je le branche à un fil, je relie le fil à un bouton, et si le son est intéressant, je soude», explique Morgan Daguenet, qui a tout appris de manière empirique :
Les sons qu'il obtient, il s'en sert ensuite pour ses compositions, des œuvres musicales utilisées pour des spectacles, comme Plug, pièce de théâtre visible dans quelques jours au festival Mettre en scène.
Même démarche ou presque chez François Goujon. «Si j'achète des petits synthétiseurs pour mes enfants, parfois dès le lendemain, je les ai démontés et court-circuités pour modifier le son», avoue un peu honteux ce bidouilleur compulsif de Pont-Réan.
Celui qui, dès l'âge de six ans, démontait entièrement le vélo de sa sœur, a lui aussi tout appris de manière empirique, un fer à souder à la main. «Parfois, il y a de la fumée qui sort du circuit imprimé, mais c'est jamais dangereux», confie-t-il.
Aujourd'hui, cet artiste qui n'a pas hésité à brancher un synthétiseur à sa télé pour obtenir des effets visuels inédits, est passé à la programmation. Grâce à un stylet relié à l'écran de son PC, il dessine des lignes et des courbes qui, selon les déplacements du crayon optique, créent des incidences sonores.
C'est cette démarche originale de création qui a amené les programmateurs des Nuits Blanches de Lyon à solliciter les prestations sonores et visuelles de François Goujon. Belle reconnaissance pour un artiste autodidacte qui sort des sentiers battus.
Nicolas Rouhaud
Photos Franck Hamon
Retrouvez ici la suite de notre dossier sur les rois de la bidouille.
Pour en écouter plus. Le site web de Morgan Daguenet : www.bertuf.org et celui de François : www.myspace.com/pyjaman
Pratique. Pour participer indirectement aux créations artistiques de François et Morgan, n'hésitez pas à les contacter par mail pour leur proposer vos vieux walkmans ou écrans plats. Ils se feront un plaisir de les réduire en pièces pour les transformer en instruments de musique hors normes. Contactez-les via pyjaman@frelon.com et bertuf@gmail.com.
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