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Mise à jour : 08/10/2007

L'alcool chez les jeunes : l'avis des acteurs de la prévention

Rennes, comme beaucoup d'autres grandes villes, est confrontée à un phénomène nouveau : l'espace public est désormais devenu le lieu de rendez-vous des jeunes pour faire la fête, provoquant des débordements inhabituels. Qu'est ce qui a changé ? Pourquoi ces nouveaux phénomènes ? L'alcool est-il le seul problème ou un symptôme ? Autant de questions que se posent au quotidien les acteurs de la santé et de la prévention. Sans qu'aucun n'ait de recette miracle. Ils nous livrent quelques pistes de réflexion.

L'équipe du pôle addiction et précarité du Centre hospitalier Guillaume-Régnier (infirmière, cadre-infirmier, psychologue et psychiatre).
« La consommation d'alcool n'est pas forcément en augmentation, mais elle est plus visible. Avant, on consommait dans les bars. Aujourd'hui, il n'est plus rare d'acheter un pack de bières et de le boire dans la rue. Ou de se prendre une bouteille de vodka pour la soirée. C'est une consommation plus ponctuelle et plus violente. On recherche la défonce. Seul. Vite. Pour ne plus réfléchir.
Ces pratiques sont à mettre en parallèle avec des idéaux qui se délitent. Un monde avec moins de repères, familiaux, sociaux, religieux… Nous sommes dans une société individualiste et de consommation. Consommation d'alcool y compris.  Il faut jouir de tout, tout de suite, pour son propre plaisir. Cette notion de "tout
est possible" et d'immédiateté est vertigineuse, angoissante. Sans parler de la pression mise sur les jeunes : la réussite, la performance… L'adolescence n'est déjà pas une période simple, mais quand on est fragile, tout cela est encore plus dur à gérer. Au-delà des problèmes d'alcool, nous rencontrons beaucoup de jeunes psychologiquement déstructurés, qui n'arrivent pas à se caler socialement, à trouver leur place. »

Karine Guilloux, animatrice-prévention au Centre information jeunesse de Bretagne
« Une vingtaine de soirées par an, avec le bus Prév'en Ville*, nous allons au plus près de la fête. Éducateurs, animateurs, infirmière, médecins… Nous sommes une dizaine de personnes disponibles pour l'écoute. Il s'est créé une relation de confiance contagieuse. Nous ne sommes pas intrusifs. Juste disponibles pour ceux qui ont besoin d'aide. On soigne aussi les petits bobos, on écoute les chagrins d'amour… Il n'y a pas que des problèmes d'alcool et de drogue !
Ce qui nous inquiète, c'est le côté "boire vite, aller jusqu'au bout". Ce besoin de s'anesthésier, de se mettre dans un état d'inconscience. Ce n'est pas très rassurant sur l'état de notre société. On devrait tous se questionner beaucoup plus. Quel monde laisse-t-on aux jeunes ?
On sent également une grande solitude, chez les étudiants ou chez les jeunes travailleurs. Notre écoute est anonyme, mais on s'aperçoit qu'ils sont très contents quand on les reconnaît ! Ils recherchent la position de l'adulte. On se rend compte qu'ils ont besoin d'un cadre qui les tient et qui les respecte. L'un n'empêche pas l'autre ».
* Piloté depuis deux ans par le Centre information jeunesse de Bretagne avec de nombreux partenaires (L'Orange bleue, centre hospitalier Guillaume-Régnier, Planning familial…) le dispositif de prévention et réduction des risques en milieux festifs (Prév'en Ville) est co-financé par l'État et la Ville.

Laetitia Vinçont. Animatrice-formatrice à l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie
« Comment expliquer ces comportements ? Dans une société d’excellence comme la nôtre, on ne demande pas à l’individu d’être lui-même, mais d’être au top en permanence : d’être productif, de gagner de l’argent, d’être beau, d’avoir beaucoup d’amis… Il faut gérer la pression sociale. Le week-end, les jeunes éprouvent le besoin de déconnecter rapidement.
Les jeunes se projettent peu dans leur santé future. Inutile de leur ressasser les risques sanitaires qu’ils encourent à long terme. Mais ils sont sensibles à l’idée qu’ils puissent être la cible d’une manipulation commerciale de la part des lobbies alcooliers. Ils sont surtout sensibles au fait que l’on s’intéresse à eux, qu’on leur demande « Comment ça va ? », tout simplement. S’ils font du bruit dans la rue, c’est qu’ils ont peut-être un message à transmettre. A nous d’écouter. »

vos réactions à cet article - 1 réaction

Pascal TROPEE

Le vendredi 21/12/2007 la classe de mon fils s'est retrouvée au resto ... à RENNES , dans le menu de groupe il a été servi du KIR en apero et du cidre au repas: mais sur les 17 participants , deux avaient 16 ans les autres avaient 13 à 15 ans.La plupart a consommé l'alcool proposé.
Que pouvons nous faire ? C'est d'autant plus scandaleux !que des personnes sont mortes brulées dans un incendie déclenché par des gens sous l'emprise de l'alcool !!!!!!!!!!!!
Salutations

Vendredi 11 Janvier 2008 - 10:46


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