Un monument de la littérature
Pour le 20e Prix Goncourt des lycéens, l’artiste espagnole Alicia Martin expose une sculpture éphémère, dédiée au livre et à l’homme. Pas moins de 6 000 livres composent cette bibliothèque universelle … Baptisée Descatalogados, cette sculpture monumentale est installée place du Parlement jusqu’à la fin de l’année. Entretien avec l’artiste.
Cette sculpture est-elle un hommage au livre ?
A l’homme plus qu’à la littérature. Elle représente l’acte de lire de tous les hommes, de tous les temps. Elle symbolise tous les livres que nous avons lus, que nous sommes en train de lire et que nous lirons demain. Elle surgit du centre de la Terre comme une force souterraine, inhérente à notre condition. Une force qui déborde de partout… C’est le livre au sens anthropologique.
Peu importe le titre des ouvrages…
Exactement. J’ai associé indifféremment les auteurs, les genres, les formats, les langues, les éditions, les couleurs… Il n’y a pas d’ordre, ni de catégorie. Tous les livres forment un corps unique. Peu importe d’où ils viennent. C’est un grand mélange de cultures à l’image de notre société et de ce que les livres représentent pour l’humanité.
Avez-vous conscience de transgresser le caractère « sacré » du livre ?
Certains y verront un bûcher ou une montagne d’ordures. C’est l’intérêt de l’art sur l’espace public : interroger le sens des choses. Cette œuvre pose la question du statut du livre. Je privilégie une approche sensitive d’un objet usuel, qui habite notre quotidien. Un livre qu’on ne lit plus a-t-il davantage sa place dans une bibliothèque d’ornement que dans la rue ? Si c’est pour décorer, que tout le monde en profite !
Techniquement, comment avez-vous composé votre oeuvre ?
Cette colonne de livres est formée de 6 000 ouvrages. Ils ont été reliés entre eux, puis accrochés à une grille métallique qui enserre une structure de bois. Le corps de l’œuvre est creux. La pluie, le vent et le soleil vont progressivement l’abîmer, la gonfler, la sécher… Œuvre éphémère sur l’espace public, elle est douée d’une vie propre.
Etes-vous une grande lectrice ?
Je lis beaucoup, en particulier des essais d’art. J’ai aussi commencé le prix Goncourt de l’an dernier. Je viens de l’intégrer dans une sculpture similaire, à Paris !
Propos recueillis par Olivier Brovelli
vos réactions à cet article - 8 réactions
Yves Préault, adjoint au maire
Je n'investirai pas le champ du débat lié à l'appréciation personnelle de chacun face à une œuvre artistique. L'art a toujours suscité interrogation, polémique, débats enflammés, surtout lorsqu'il se situe sur l'espace public. Par contre, je voudrais insister sur ce qui me semblait une évidence. Si Alicia Martin a centré tout son travail sur le thème du livre, c'est par amour de celui-ci.Et bien évidemment, cette sculpture a été construite avec des livres qui étaient destinés au rebut, aux usines de recyclage ! Il me semble nécessaire de rappeler qu'à l'occasion de ce prix Goncourt des Lycéens, pour la deuxième année consécutive, la FNAC et la Ville de Rennes viennent de lancer l'opération « lâcher de livres », 600 exemplaires de livres neufs, gratuits, de la sélection Goncourt, déposés dans différents lieux de la Ville que vous pouvez trouver sur le site « rennes.fr ». Tout comme en 2004, toujours avec la FNAC et l'aide active des associations, nous avions financé l'envoi en Algérie d'un bus et de centaines de livres encore utilisables à des fins de bibliothèque itinérante dans les villages de Kabylie. Ces quelques éléments n'ont d'autres buts que d'essayer de vous convaincre que, tout comme vous, les élus ont aussi l'amour du livre. Notre politique en faveur de la lecture publique depuis de nombreuses années peut, je le pense très sincèrement, en témoigner. Au-delà, à chacune et chacun de laisser vivre ses propres émotions.
Vendredi 30 Novembre 2007 - 09:25
Gaudichon
Je considère les beaux livres avec respect et je ne vois dans cet amas aucune forme d'art.
Je trouve "l'oeuvre" désolante et surprise, en passant devant le parlement cet après midi j'ai pu admirer la pelleteuse qui nous débarasse de cet hideux spectacle.
Jeudi 29 Novembre 2007 - 16:43
SALAÜN
Il me semble que cette "oeuvre" d'art ressemblant un tas d'ordures est bien mal placée place du Parlement, elle enlaidit considérablement la place et n'a pas sa place pès d'un monument tel que le Parlement de Bretagne. De plus son coût:44000 euros ,au frais du contribuable me parait scandaleux et ne nous enrichit pas culturellement. Cet argent aurait pu etre dépensé autrement que pour acheter un tas de détritus.
Mercredi 28 Novembre 2007 - 20:46
Waroc
Vous, représentants de la ville de Rennes qui avez commandé ce tas d'ordure, faites donc un effort minime : quittez la place de la Mairie, et rendez vous sur la place du Parlement.
Osez regarder ce que vous imposez depuis peu quotidiennement aux Rennais. Osez prétendre que ce tas ignoble chante la gloire du livre. Osez affirmer que ce n'est pas le Parlement de Bretagne l'oeuvre d'art véritable de cette place. Osez prétendre que vous avez tiré des leçons de l'incendie de 1994.
Vous avez souillé la beauté de cette place en cachant le Parlement derrière un tas d'ordure. Même au nom de l'art, nul homme censé ne saura vous louer en quelque manière que ce soit pour avoir dilapidé vainement l'argent publique, et pour avoir souillé le patrimoine de la Bretagne.
Jeudi 22 Novembre 2007 - 17:39
LEGUERINEL
Sentiment paradoxal pour le bibliothécaire sensible à l'art contemporain que je suis. Oui avec des ouvrages vraiment obsolètes mais pas avec le Goncourt de l'an dernier!! Oui à la circulation non marchande des livres vers des structures et des publics en demande. Non à cette "provocation" à l'heure du développement DURABLE !
Dimanche 18 Novembre 2007 - 17:11
la montagne Francis
je trouve que cette pseudo-sculpture ne valorise absolument pas l'oeuvre littéraire.
C'est un véritable autodafé dans le mouvement désormais bien connu de la politique arts plastiques de la ville de rennes menées lamentablement par sa conseillère
Samedi 17 Novembre 2007 - 21:22
REMINIAC Patrick
Peut-on connaître le coût de cette exposition ?
Qui finance ?
Jeudi 15 Novembre 2007 - 18:57
Delavigne Michel
C'est assez nul, un peu comme d'autres scultures renneaises par exemple à la gare....
Mercredi 14 Novembre 2007 - 16:23