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Mise à jour : 29/02/2008

Programme Asia Urbs

La Ville de Rennes a piloté pendant trois ans, en partenariat avec Saint-Jacques de Compostelle, un programme européen visant à aider la ville chinoise de Qufu à réhabiliter son patrimoine urbain et à développer son tourisme.

Histoire d’un doux choc des cultures.

L’aventure d’une coopération en Chine

Au hasard des rencontres naissent parfois de grands projets. Les trois ans de coopération qui viennent de s’achever entre Rennes et Qufu sont partis d’un entretien accordé par Edmond Hervé à Marc Menguy, alors président de l’« association des Bretons de l’extérieur ». Sinologue et pétri de culture chinoise, l’homme connaît son sujet. Il occupait le poste de premier secrétaire de l’ambassade de France à Pékin lors de sa réouverture par le Général De Gaulle, en 1964.

Depuis des années, il voyait, impuissant, ce pays oublier son patrimoine ordinaire et passer au bulldozer des quartiers entiers entourant de remarquables monuments. Sensibilisée à ces questions, la ville de Rennes s’est alors lancée à la recherche d’un programme européen correspondant à cette problématique. Ce sera le projet Asia Urbs, dont Qufu est la dernière ville chinoise à avoir bénéficié (Voir encadré en bas de page).

Aucun Chinois n’ignore Qufu : elle est la cité natale de Confucius et elle abrite un des plus importants ensembles patrimoniaux du pays. Le Temple, la Résidence de la famille Confucius et la nécropole sont classés au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1994. Exemple unique en Chine, la Cité Ming a été conçue, entre 1523 et 1534, pour protéger un temple menacé par des émeutes paysannes. C’est sur ce périmètre qu’a porté le programme Asia Urbs. La vieille ville, recouverte de centaines de ruelles et de maisons basses à cour intérieure, s’est en effet énormément densifiée au cours des cinquante dernières années, pour atteindre aujourd’hui les 10 000 habitants. Quatre objectifs ont donc été clairement définis dans le contrat : pratiquer un inventaire architectural et urbain, participer à la mise en place d’un plan de protection et de mise en valeur du patrimoine, élaborer un projet de développement touristique et réaliser, enfin, la réhabilitation d’un équipement.

En mars 2005, la première rencontre officielle a pourtant bien failli se solder par un arrêt sur le champ du programme. Lors du séminaire d’ouverture, à Rennes, le maire de Qufu fait bondir le public en présentant fièrement son projet pour la cité : expulser 3 000 habitants et construire un grand complexe touristique ! Edmond Hervé est furieux et le reçoit en tête-à-tête. S’il ne parvient pas à développer sa ville, avec et pour ses habitants, Rennes termine immédiatement la coopération. Le maire de Qufu, stupéfait, en parle encore aujourd’hui. Entre-temps, heureusement, tout le monde a appris à se connaître. Philippe Faysse, le directeur du projet, ne cache pas son sourire lorsqu’il évoque le lancement du programme. «Quand nous avons proposé le projet à la Ville de Qufu, ils nous ont répondu quasiment dans la semaine qu’ils étaient d’accord. Sans discussion. ça a été une grande surprise…  Que nous avons mieux comprise par la suite.» En Chine, le contrat écrit n’est en effet qu’un simple formalisme qui compte beaucoup moins que la confiance accordée à ses partenaires. Celle-ci ne se gagne qu’avec le temps, les rencontres. Et lorsque, enfin, elle est venue ? « Et bien, il a fallu tout rediscuter. »

Il en a été ainsi pour la réalisation de l’inventaire. Les Chinois estimaient connaître suffisamment leur ville et n’en voyaient pas l’intérêt. « Nous avons insisté lourdement et consacré de longues périodes à la réflexion pour faire accepter nos idées », plaisante l’architecte Frédéric Mauret, coordinateur du projet sur place. Si la méthode de travail est très différente, la notion même de patrimoine l’est tout autant. L’équipe française l’a perçu, pour son plus grand étonnement, dès sa première visite au sein de la Cité Ming : 90 % des maisons, bien que construites selon un plan traditionnel, ont moins de 25 ans. Historiquement, l'architecture ne constitue pas un art majeur en Chine. « Pour eux, l’important est la mémoire ancrée dans le lieu, la mémoire immatérielle. Cela explique qu’ils démolissent si facilement », justifie Philippe Faysse.
Au cours de ces trois années de travail, les idées de chacun sont toutefois progressivement entrées en convergence. « J’ai souvent eu l’impression de parler dans le vide, et pourtant quelques semaines ou quelques mois plus tard, je voyais mes propositions mises en pratique », commente Frédéric Mauret.

La réhabilitation d’une ancienne école destinée à devenir une classe du patrimoine a permis finalement de concrétiser la coopération. Lors du dernier séminaire effectué à Qufu, l’automne dernier, le secrétaire général du parti de la région de Shandong s’est montré enthousiasmé par la réalisation d’Asia Urbs. Une chance pour la ville de voir s’ouvrir les robinets de crédits manquant cruellement à la réalisation de ses projets.
 
Anne Dalaine

Le programme Asia Urbs : mode d’emploi

Asia Urbs est une initiative de l’Union européenne fondée sur la coopération décentralisée. Son objectif est d’améliorer la connaissance mutuelle de l’Asie et de l’Europe par des projets de développement urbain menés conjointement par les collectivités locales des deux continents.

Ville pilote pour le programme de Qufu, Rennes a cherché un partenariat complémentaire avec une ville européenne afin de répondre à la double demande des Chinois : travailler sur un plan de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine architectural et urbain - la spécialité rennaise - et définir un projet de développement touristique.

Saint-Jacques de Compostelle correspondait parfaitement au projet. La ville espagnole travaillait déjà avec Rennes au sein de l’association des villes de l’Arc Atlantique et elle reçoit chaque année près de cinq millions de touristes dans son centre historique classé au patrimoine mondial. Si les trois villes ont apporté de l’ingénierie, c’est à dire du temps de leurs agents, c’est la commission européenne qui a pris en charge les frais logistiques. Le budget total de ce projet, mené sur trois ans, s’élève à 1 080 000 €.

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